La cryoconservation des ovocytes
- vcayolgyneco
- 30 juil.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
La question de la conservation des ovocytes est récurrente dans nos consultations de gynécologie
Beaucoup de jeunes femmes âgées d'une trentaine d'années, célibataires pour la plupart, ou en couple, mais sans projet immédiat d'enfant, nous interrogent sur ces nouvelles méthodes de préservation de leur fertilité.
Les médias ont amplifié le débat après que deux entreprises américaines (Apple et Facebook) ont proposé à leurs employées femmes de subventionner la conservation de leurs ovocytes. La fertilité spontanée des femmes décroît de façon marquée à partir de 35 ans. La conservation des ovocytes leur permettrait d’envisager une grossesse plus tardivement avec leurs propres ovocytes malgré les défaillances de la nature. En effet, les spécialistes d'AMP reçoivent trop de patientes de 40 ans ou plus, dont la réserve ovarienne est trop faible pour pouvoir les aider à être enceintes.
Autoconservation des ovocytes
Ce que prévoit la loi en France
En France, depuis la loi de bioéthique de 2021, toutes les femmes qui bénéficient de la Sécurité sociale ont la possibilité de conserver leurs ovocytes, selon certaines conditions :
Pour les femmes : à partir du 29ᵉ anniversaire et jusqu'au 37ᵉ anniversaire
Pour les hommes : du 29ᵉ au 45ᵉ anniversaire
Sans condition d'infertilité
Sans condition de don d'une partie des gamètes à autrui
Les ovocytes peuvent être conservés jusqu'à leur 45ᵉ anniversaire.
Les centres de PMA (Assistance Médicale à la Procréation) sont habilités à effectuer la conservation des ovocytes et la liste de ces centres est consultable sur le site de l'Agence de la Biomédecine.
Comment se déroule la procédure ?
Pour recueillir les gamètes d'une femme, appelées aussi ovocytes ou ovules, la procédure est celle réalisée en vue d'une FIV (fécondation in vitro) :
Injections d’hormones pour stimuler la production de follicules matures
Ponction ovarienne par voie vaginale, sous anesthésie générale courte
Conditionnement des ovocytes dans des paillettes
Congélation ou vitrification dans de l’azote liquide à –196 °C
Les traitements hormonaux et la ponction sont pris en charge par la Sécurité sociale. La conservation annuelle est à la charge de la patiente : environ 40 € par an.
Conserver ses gamètes ne garantit aucunement le succès de l’AMP ni la naissance d’un enfant.
Les ovocytes congelés pourront être utilisés jusqu'à 44 ans révolus pour la femme (45ᵉ anniversaire).
Et il faut garder à l'esprit qu'une grossesse conçue avec des ovocytes congelés ne pourra être obtenue que par fécondation in vitro !
De nombreux centres ont ouvert depuis le décret d'application de cette nouvelle loi de bioéthique. Ceux-ci sont publics, mais un projet tend à ouvrir de tels centres dans des structures privées pour accroître le nombre de patientes prises en charge.
Le don d’ovocyte, qu’en est-il en France ?
Plus de 3000 couples ou femmes non mariés sont en attente d'un ovocyte, et le nombre de donneuses est insuffisant : en 2021, 920 femmes ont donné leurs ovocytes. (Source : Agence de la Biomédecine).
Les femmes se tournent alors vers l'étranger, où elles peuvent acheter des ovocytes et où les contraintes subies par les donneuses sont rémunérées.
En France, le don d'ovocyte est basé sur :
L’anonymat
La gratuité
Le volontariat
Le recueil d'ovocytes nécessite pour la donneuse de subir un traitement à base d'hormones, puis une ponction ovarienne sous anesthésie générale. Entre le début du traitement et le recueil des follicules, il aura fallu plusieurs échographies et prises de sang pour surveiller la maturation des ovules.
Même si, lorsqu'une femme donne ses ovocytes, l'assurance maladie prend en charge les frais médicaux, les frais de garde des enfants pendant l'hospitalisation, les interruptions de travail, la procédure ne souffre pas d'improvisation. Elle comporte des contraintes et demande une grande disponibilité, une programmation des examens et des prélèvements. Le don ne se résume pas aux « ovocytes ».
Et pour l’homme ?
Le don de sperme est facilement réalisé, et un seul donneur peut générer 10 grossesses. Le nombre de donneurs reste limité : 235 hommes ont donné leur sperme en 2012 (Source : Agence de la Biomédecine).
Depuis 2011 (révision des lois de bioéthique), les donneurs ne doivent plus nécessairement être parents et doivent être âgés :
de 18 à 37 ans pour les femmes
jusqu'à 45 ans pour les hommes
Le décret d'application n'a toujours pas été signé par le Ministère de la Santé.
Que sait-on aujourd’hui des résultats ?
À ce jour, aucune étude n'a été publiée, rendant compte du taux de grossesses obtenues après réimplantation d'un ovule congelé, en l'absence de pathologie. Si plusieurs équipes prévoient de publier leurs succès, les résultats escomptés sont une extrapolation des résultats obtenus dans d'autres conditions.
Pour le Pr. Belaisch Allart, spécialiste d'AMP : « Il y a deux risques majeurs. D'abord les faux espoirs…. Il faut 20 à 25 ovocytes pour espérer une naissance. Le taux de réussite est loin des 100 %. On estime qu'avec 8 ovocytes congelés de bonne qualité, la femme peut espérer 60 % de naissances. Le deuxième risque est d'encourager les grossesses tardives. C'est pourquoi il faut une limite d'âge. Je la fixerai à 45 ans. »
Attention aux faux espoirs
Les ovocytes d'une femme à partir de 30 ans ont moins de 25 % de chance d'aboutir à une naissance vivante. Ce chiffre décroît avec l'âge.
Le déclin du taux de succès de l’AMP s’amorce dès 35 ans et s’accentue à partir de 37 ans. Il faudrait donc réaliser la conservation avant 35 ans pour un maximum d’efficacité.
L'âge limite à partir duquel l'autoconservation rendrait illusoire les chances de grossesse n'est pas encore clair.
Les risques des grossesses tardives
Les risques existent pour la mère et l’enfant : ils augmentent dès 40 ans et sont franchement majorés après 45 ans.
En effet, lorsque l'âge de la mère augmente, les risques de :
prématurité
hypertension
diabète
mort maternelle à l'accouchement (10 à 15 fois plus élevé après 45 ans)
mort fœtale
…augmentent également.
Et le coût ?
Se pose aussi la question du financement des traitements d'une part et de la conservation des ovocytes d'autre part. Certains arguent que la possibilité d'avoir accès à ses propres gamètes éviterait à l’assurance maladie des prises en charge inefficaces de l’infertilité.